11 janvier 2006

barewinesBare Wires Mayall, John
LP Année : 1968 Label : Deram
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D'abord pas de panique chez les fans de punk-rock ou d'electronica déviante, je ne vais pas vous faire l'historique de John Mayall et du "blues-rock" anglais (probablement d'ailleurs qu'un certain nombre des millions de lecteurs affamés de cette chronique ont déjà quitté l'écran rien qu'à l'évocation de ce terme, voire pour les moins curieux à la vision des pochettes). John Mayall donc. Sa position incontournable de catalyseur (à l'instar d'un Alexis Korner) dans l'émergence de la scène British Blues du milieu des 60s ; sa parfaite assimilation des racines blues-jazz-r'n'b ; "l'école" Bluesbreakers (son collectif, dirigé avec vision musicale et pragmatisme économique) où sont passés les 6 cordes du Clapton post-Yardbirds pré-chiant, du Peter Green pré-Fleetwood Mac période anglaise (ou d'avant la coke), du jeune "surdoué" Mick Taylor pré-essoreuse Stones, tout ce petit monde allant devenir les dinosaures que l'on sait ; son rôle de passeur encyclopédique pour le public blanc vers le blues électrifié afro-américain, blah blah blah …; tout ceci est parfaitement documenté ailleurs en long, large et travers, dont acte.
Ce qui m'a "toujours" intéressé avec Mayall, c'est plus le côté expérimentateur qu'il a tenté de développer à partir de l'idiome blues traditionnel et dont les trois albums sus-cités - auxquels on peut rajouter l'excellent The Turning Point (1969) - illustrent plusieurs facettes. Loin de s'enfermer dans les formules bientôt lucratives ou tape-à-l'oreille que le genre pouvait générer à l'époque, Mayall a élaboré (c'est lui qui compose) une musique finalement très personnelle et riche au vu du véhicule de départ, qui a assez bien vieillie, superbement et intelligemment arrangée, ce qui n'est pas le cas de tous ses contemporains, n'en déplaise aux aficionados du 12 mesures blanchi gonflé à l'électricité. D'ailleurs, c'est en se dirigeant vers une musique plus acoustique, sans batterie (comme ici sur l'album Empty Rooms) qu'il a peut-être gravé ses plus belles plages.
Excellent chanteur, bon parolier avec des textes plutôt mieux foutus que la moyenne crypto-hippie d'alors, multi-instrumentiste pointu mais jamais démonstratif, Mayall avait aussi une maturité (dans les 35 balais ici) et une soif (à tous les sens du terme d'ailleurs à l'époque) d'évolution qui lui a permis de tenter quelques trucs tout à fait audibles, qui s'insinuent en vous jusqu'à finalement faire partie d'une sorte de juke-box récurrent au fil des ans, comme parallèle à vos obsessions sonores habituelles, aux emballements saisonniers ou aux découvertes terminales.
Bref, de la matière, terrienne et aérienne à la fois, valable aussi bien pour les fins de soirées arrosées que pour les transports introspectifs ponctuels. On y trouve quoi alors, se dit LE lecteur fatigué ? Par exemple, un excellent septet cuivré (avec le fabuleux Dick Heckstall-Smith transfuge à l'époque du sous estimé Graham Bond Organization) sur la longue suite jazzy-blues " Bare Wires " et sur le reste de l'album ; des solos lumineux, puissants et cristallins à la fois de Mick Taylor tout au long de l'album Blues from Laurel Canyon - ce dernier marque certes un retour aux racines blues par rapport à son prédécesseur mais développe aussi des ambiances introspectives hypnotisantes en fin de disque (" Long gone midnight " et " Fly tomorrow ") ; du folk-jazz, en quartet sans batterie, tout au long d'Empty Rooms (Mayall s'est alors installé aux Etats-Unis, et développera ce style sur plusieurs albums) avec une excellente utilisation des cuivres et des claviers (jusqu'au moog sur " Lying in my bed ", fabuleux morceau qui sonne presque comme du pré-Suicide folk, mais stoppons là les frais …).
Buvez du vin.

http://www.citoyenlambda.net/di/di.php?page=dil#41


Posté par mammouth à 00:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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